Deux enseignements fondamentaux

Posté le: [20/10/2008]
Deux enseignements fondamentaux
Catégiorie: Les pratiques cultuelles
Rubrique: Culture Islamique
Auteur: ibrahima ouedraogo [ibrafaso]

 

Deux enseignements fondamentaux

 

Cheikh Qardhâwî, dans son ouvrage concernant l'extrémisme, rappelle deux éléments importants de la Sagesse divine.

Deux sunan importantes

Souvent, certains musulmans à l'enthousiasme débordant oublient deux sunan : la gradation et le fait que les choses doivent se réaliser au moment opportun.

1er des sunan : la gradation

La gradation signifie une progression contrôlée.

Cela apparaît clairement quand Dieu nous parle de la création des cieux et de la terre. Dieu nous dit qu'Il est Capable de tout créer avec un seul mot : « Sois ! ». Et suite à ce mot, tout l'univers pourrait se mettre à exister et à fonctionner avec perfection. Et pourtant, Dieu a choisi de créer en respectant des périodes de « six jours » le mot jour ici désignant non pas un jour de notre estimation, mais une période connue de Dieu Seul.

La gradation apparaît également dans l'évolution des organismes vivants qui changent à mesure que leur maturité grandit.

Cette même gradation est perceptible dans le domaine de la da'wah : il est d'abord question de la foi qui vient libérer les esprits des chaînes du paganisme et des superstitions. Ce n'est qu'une fois cette foi bien implantée, qu'un travail sur les obligations et sur le fait de délaisser les interdits peut commencer. Cette gradation se voit quand on compare les versets makkî et madanî. Notre mère Âïcha (que Dieu soit Satisfait d'elle) a décrit cette gradation dans la révélation du Coran dans le texte rapporté par Bukhârî : « Les premiers versets à être révélés parlaient du Paradis et de l'Enfer. [Plus tard,] quand les gens embrassèrent l'islam, les versets concernant le halâl et le harâm furent révélés. Si les versets interdisant l'alcool et ceux interdisant la fornication avaient été révélés en premier, les gens auraient dit : « Nous ne cesserons jamais de boire ; nous ne cesserons jamais la fornication. » »

Aussi, tous ceux qui travaillent pour l'islam doivent prendre en considération cette gradation. Le calife Umar Ibn 'Abdul 'Azîz (que Dieu soit Satisfait de lui) réussit brillamment à ramener une gouvernance sur le modèle des califes bien guidés. Mais cela ne fut pas chose facile. Son propre fils, un musulman très pieux et enthousiaste, trouvant que son père était trop laxiste dans sa lutte contre les déviations et les transgressions, lui dit un jour : « Père ! Pourquoi ne pas imposer [rapidement les réformes] ? Par Dieu, je ne me soucie ni de toi ni de moi s'il s'agit de faire triompher la vérité ! » Umar Ibn 'Abdul 'Azîz (que Dieu soit Satisfait de lui) répondit : « Doucement mon fils ! Ne sois pas pressé ! Dieu a condamné l'alcool par deux fois dans le Glorieux Coran, mais ne l'a interdit que la 3ème fois. J'ai peur que si je force les gens à accepter la vérité, ils la rejettent complètement. Ce serait une cause de fitnah. »

 

2ème des sunan : les choses arrivent au moment opportun

 

Pour toute chose, il y a un instant, une saison, une période où elle atteint sa maturité. C'est un principe qui se vérifie tant dans le domaine matériel que spirituel. Il ne faut pas chercher à récolter les fruits avant qu'ils ne soient mûrs. Si les fruits mûrs sont délicieux, ceux que l'on cueille avant l'heure peuvent être dangereux.

Comme pour ces fruits où le moment de la récolte arrive bien longtemps après celui de la semence, les vrais effets des bonnes actions peuvent prendre plusieurs années avant de se manifester. Et plus les actions prennent du temps à mûrir, plus elles se révèlent grandioses au moment du mûrissement. Parfois, une génération travaille, mais les fruits de ses efforts n'apparaissent que sur la génération suivante, voire même sur celle qui suit cette suivante. Si tout est bien programmé, calculé, prévu, il ne faut pas considérer que le temps pris pour réaliser les objectifs soit trop long. Durant les premiers jours de l'islam à Makkah, les négateurs se moquaient du Prophète (paix sur lui) à chaque fois qu'il les avertissait contre la punition s'ils persistaient dans leur refus d'accepter le message de Dieu. Alors ils demandèrent qu'on leur hâte ce châtiment, sans comprendre eux aussi que les choses arrivent en temps voulu, sans que personne ne puisse les différer ni les hâter : « Et ils demandent de hâter [la venue] du châtiment. S'il n'y avait pas eu un terme fixé, le châtiment leur serait certes venu. Et assurément, il leur viendra soudain, sans qu'ils en aient conscience. » 29/53

Dieu dit encore : « Et ils te demandent de hâter [l'arrivée] du châtiment. Jamais Dieu ne manquera à Sa promesse. Cependant, un jour auprès de ton Seigneur, équivaut à mille ans de ce que vous comptez. » 22/47

Ainsi, au lieu de précipiter les événements, Dieu demande au Prophète (paix sur lui) de persévérer comme les hommes de fermeté chez les Prophètes d'avant, et de ne pas demander que l'on hâte la punition de Dieu : « Endure (Muhammad) donc, comme ont enduré les messager doués de fermeté; et ne te montre pas trop pressé de les voir subir [leur châtiment]… » 46/35

Dieu rappelle au Prophète (paix sur lui) et à ceux qui le suivent l'imperturbable courage des premiers Envoyés face aux difficultés, leurs efforts étonnants et leur attente de la victoire : « Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n'avez pas encore subi des épreuves semblables à celles que subirent ceux qui vécurent avant vous ? Misère et maladie les avaient touchés; et ils furent secoués jusqu'à ce que le Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se fussent écriés : "Quand viendra le secours de Dieu ?" - Quoi ! Le secours de Dieu est sûrement proche » 2/214

Vraiment, la victoire de Dieu est proche, mais l'instant de cette victoire n'est connu que de Lui. Et Lui ne hâte pas les choses comme le font les créatures. Pour cette raison, le Prophète (paix sur lui) avait l'habitude de conseiller à ses compagnons de patienter et de ne pas espérer que la victoire arrive avant son heure. L'incident suivant illustre cela. Quand Khabbâb Ibn Alarat (que Dieu soit Satisfait de lui) vint se plaindre au Prophète (paix sur lui) des souffrances particulièrement dures qu'il subissait pour la cause de l'islam, pour que le Prophète (paix sur lui) demande à Dieu de l'aide, le Prophète (paix sur lui) se mit tellement en colère que son visage béni devint rouge ; il dit en cette occasion : « Un [croyant] d'avant vous était coupé avec des ciseaux de fer jusqu'à ce que ne subsiste sur ses os ni peau ni veines ; un autre était scié en deux. Mais ils n'abandonnaient pas leur religion. Par Dieu, Il fera dominer l'islam si bien qu'un voyageur ira de San'â (Yémen) à Hadhramawt (Oman) sans craindre quiconque si ce n'est Dieu et le loup pour sa brebis. Mais vous êtes impatients ! »

Retenons cette parole de Aboû Bakr (que Dieu soit Satisfait de lui) : « Il n'y a pas eu dans l'islam de victoire plus grande que celle de Houdaybiyah ! Mais ce jour-là, les hommes ne comprirent pas ce qui se passait entre Mouhammad (paix sur lui) et son Rabb. Parce que les hommes sont impatients alors que Dieu n'est pas impatient pour mener les choses là où il veut les mener. »

Et Aboû Bakr de parler de Souhayl Ibn Amr, celui qui signa avec le Prophète (paix sur lui) le traité de Houdaybiyah : il refusa par deux fois d'écrire ce que le Prophète (paix sur lui) proposait. Pourtant, dit Aboû Bakr, je le vis plus tard lors du pèlerinage du Prophète (paix sur lui), alors que Dieu avait placé l'islam dans son coeur, venir prendre les cheveux du Prophète (paix sur lui) et se les frotter sur lui.

               Puisse Allah nous soutenir dans ce travail de daawa et nous accorder la persévérance. Amine !

 

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